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Rythmes scolaires : Venelles cancre du pays d’Aix ?

Rythmes scolaires : Venelles cancre du pays d’Aix ?

La réforme des rythmes scolaires s’applique depuis la rentrée dans toutes les écoles primaires publiques de France.

L’origine de la réforme et de ses difficultés

Rappelons qu’elle consiste, suite au diagnostic de nombreux spécialistes réunis lors de conférences et repris dans des rapports officiels depuis des années, à diminuer la journée de l’enfant en répartissant les heures d’apprentissages sur 9 demi-journées au lieu de 8. En effet, les enfants français étaient ceux en Europe qui avaient les journées les plus lourdes (6 heures d’apprentissage) et le moins de jours de cours dans l’année (144 contre environ 170 dans la plupart des autres pays). Or les résultats des enquêtes internationales montrent que le niveau moyen des écoliers français baisse par rapport au reste du monde, parce que les élèves les plus en difficultés décrochent. Il s’agissait donc de diminuer le temps d’apprentissage pour le concentrer sur les heures les plus favorables à la concentration (typiquement, la matinée). C’est l’objet du décret Peillon de janvier 2013, qui prévoit donc 9 ½ journée d’enseignement, des journées de pas plus de 5h30 et des ½ journées de 3h30, avec une pause méridienne de 1h30 minimum.

D’un point de vue pratique, cela signifiait que les enfants auraient en moyenne ¾ heure de cours en moins tous les jours. Mais pour les parents ne pouvant aller les chercher à la sortie de l’école, la question se posait d’occuper ces ¾ heure supplémentaires, qui ne sont plus du ressort de l’éducation nationale. Le décret propose, sans l’imposer, de développer dans ces temps « libérés », des activités périscolaires permettant de compléter le développement de l’enfant (activités artistiques, sportives, culturelles, scientifiques, langues, informatique).

Or, c’est sur ces Nouvelles Activités Périscolaires (NAP) que se sont concentrées les difficultés. D’un côté, l’état ne pouvait financer directement une mission dévolue aux communes, de l’autre les communes se trouvaient avec ces trois heures (en moyenne) par semaine où elle devait prendre en charge les enfants avec d’un autre côté des parents qui exigent que le temps libéré ne se transforme pas en simple garderie. La charge financière pour les communes devenait évidente ; la mise en place d’activités périscolaires de qualité est évaluée entre 150 et 200€ par enfant par l’association des maires de France, soit environ une somme de 150 k€ sur Venelles.

L’Association des maires de France a d’ailleurs toujours soutenu la réforme mais demandé une prolongation pérenne du fond d’amorçage de 50€ par enfant. Depuis octobre, le fond est prorogé pour l’année 2015, mais sous réserve de l’écriture d’un Plan Educatif Territorial (PEDT) par les communes.

Ajoutons également qu’incidentellement pour les communes choisissant de placer la demi-journée supplémentaire le mercredi matin (la grande majorité d’entre elles), elles se trouvaient dans la situation de ne plus avoir à organiser d’accueil de loisir la matinée (centre aéré), mais pouvait choisir de proposer une restauration scolaire (gain d’un côté et coût de l’autre).

Que s’est il passé à Venelles ?

La commune a choisi de reporter l’application de la réforme à la rentrée 2013, pour la préparer dans les meilleures conditions. Des négociations se sont engagées entre la mairie, les enseignants, les associations de parents d’élèves et les associations sportives et culturelles de Venelles.

Les partenariats étant nombreux entre les associations et les écoles, il était possible de penser que la mise en place d’activités de qualité pour les enfants intégrant les différentes associations venelloises se ferait sans trop de difficultés.

Toutefois, au fur et à mesure que le temps avançait, il devenait évident que la mairie n’avait pas l’intention d’investir pour ces activités. Sous prétexte de sécurité, elle les a restreint au champ des écoles (sans possibilité de sortir dans les salles ou au parc des sports), elle a restreint le temps ou déplacé les horaires afin que le moins d’enfants soient concernés. Après avoir refusé des propositions d’organisation émanant d’enseignants ou de parents d’élèves pouvant favoriser ces activités (comme au Puy Sainte Réparade, voir ci-dessous), elle promettait juste avant les élections aux associations qui s’étaient portées volontaires pour ces activités de leur donner une réponse définitive au mois d’avril.

Mais après les élections, comme pouvait le laisser présager le non-programme de l’équipe sur cette thématique, le choix était clair : il s’agissait d’aller au pourrissement de la situation en pariant sur l’abandon de la réforme par le gouvernement. Mais au mois de mai, le décret d’aménagement de la réforme qui tombait n’était pas celui espéré : il proposait seulement de regrouper le temps libéré, sur une après-midi, pour faciliter l’organisation des NAP. La mairie sautait cependant dessus, en précisant cependant qu’elle n’avait pas l’intention d’organiser des NAP dans un premier temps (puisque les associations n’avaient pas été préparées pour cela…).

Ce changement de cap provoqua la colère des parents d’élèves, qui non seulement ne voyaient pas la journée de leur enfant diminuer mais en plus se retrouvaient avec une après-midi entière de garderie, contraire à toutes les préconisations (risques forts d’énervements des enfants…). Au mois de mai, ils envahissaient le conseil municipal et lançaient une pétition. Après une consultation des parents qui se soldait par un lourd échec, la mairie abandonnait son projet.

La situation dans le pays d’Aix

Et maintenant ? La mairie a décidé de faire commencer les enfants un quart d’heure plus tard le matin (malgré une consultation des parents qui demandait de conserver l’horaire de 8h30) et d’organiser une garderie gratuite de 16h à 16h30. Elle a reporté l’organisation de NAP à plus tard (2ème trimestre ?). Enfin, elle a organisé un service de restauration le mercredi pour tous les enfants le désirant. Il est symptomatique de constater que le maire (comme dans beaucoup d’autres domaines) s’est beaucoup plaint de l’Etat, des contraintes financières qui lui étaient imposées, le plongeant, selon ses propres termes «dans les plus grandes difficultés », du manque de temps alors qu’il est le propre responsable des errements qui ont conduit à une situation où rien n’est fait alors que tout pouvait être mise en place, qu’il s’est trouvé à avoir imposé brutalement une décision sur des motifs financiers en faisant semblant d’écouter les autres et en rejetant la faute sur d’autres…

A la rentrée, Venelles bénéficiait dans « La Provence » d’un papier mettant en avant sa grande trouvaille de mettre des gilets jaunes aux enfants restant après la première garderie (gratuite). Le maire annonçait qu’il faisait déjà beaucoup et qu’il mettrait les NAP en place au 2ème trimestre.

Les autres communes du pays d’Aix ont-elles connues les affres de Venelles et sont-elles plongées dans les pires difficultés ?

Il faut bien reconnaître que non !

Plus de 80% des communes du pays d’Aix ont mis en place des activités périscolaires. Même Aix qui rechignait plus que les autres a enfanté au dernier moment un système d’aide aux devoirs, qui présente bien des défauts, mais qui mérite d’exister et de s’adresser au public défavorisé. Certaines communes, comme Vitrolles, ont choisi de faire tourner les activités une après-midi par semaine sur les différentes écoles, d’autres comme le Puy Sainte Réparade (commune proche, comparable à Venelles et certainement moins bien dotée) décidaient d’avoir deux journées un peu plus courtes, pour regrouper des activités diversifiées et adaptées selon l’âge des enfants, parfois en sortant des classes, d’autres enfin comme Rousset, proposent de telles activités toutes les fins d’après-midi. Et savez-vous quoi ? Dans ces communes citées (mais dans bien d’autres aussi), toutes ces activités sont gratuites pour les parents ! Ces communes doivent donc être plongées dans de bien grandes difficultés ! A moins qu’elles n’aient fait le choix de privilégier l’éducation des enfants, notre plus grande richesse ?

Ce n’est pas fini !

On pourrait croire que cette comparaison peu avantageuse s’arrêterait là. Mais non ! Déjà en conseil municipal, le maire annonce qu’il a l’intention de fermer la cantine aux enfants qui ne resteront pas au centre aéré. S’asseyant sur ses promesses, prenant de court en plein milieu d’année, les parents qui venaient à peine de trouver une nouvelle organisation, il annonce en quelque sorte que la réforme lui coûte déjà trop cher et profite du renouvellement du contrat d’affermage de la restauration pour faire des économies sur le dos des familles qui travaillent.

Quant aux NAP annoncées pour le 2ème trimestre, elles ne semblent pas avoir avancé depuis la rentrée ; la fréquentation trop importante de la garderie gratuite semble poser un problème pour la mairie ; enfin trouvera-t-elle la ressource qu’elle n’a pas eue depuis deux ans pour écrire un PEDT et s’assurer du financement par l’Etat : rien n’est moins sûr.

Venelles semble bien parti pour rester le cancre du pays d’Aix en termes de rythmes scolaires ; il semble bien que la tranche d’âge des plus jeunes ne soit pas celle qui soit la cible des attentions de notre municipalité. Assumez au moins vos choix et arrêtez de reporter la faute sur les autres !

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